Á la clôture du Cinquième Congrès de L’association Nationale des Petits Agriculteurs (ANAP), auThéâtre de la Centrale des Travailleurs de Cuba

J'ai assisté à tous les Congrès de l'ANAP et je peux confirmer, comme l'a dit le compañero Pepe Ramifiez, que des questions d’un grand intérêt et d'une importance historique ont été abordées à chacun d'eux ; toutefois, à notre avis, celui-ci est sans aucun doute un des meilleurs, étant donné sa préparation et son importance.

Depuis la tenue du Quatrième Congres, nous pouvons énumérer un grand nombre de succès dans plusieurs domaines. Et l'on signalé ici tous ces succès sur tous les plans : dans le secteur de l'éducation, de la culture, de l'idéologie, etc., mais c'est surtout dans le domaine de la production que l'on peut constater clairement ces succès.

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Compañeros de la direction du Parti et du gouvernement,

Chers invités,

Compañeros de l'ANAP,

J'ai assisté à tous les Congrès de l'ANAP et je peux confirmer, comme l'a dit le compañero Pepe Ramifiez, que des questions d’un grand intérêt et d'une importance historique ont été abordées à chacun d'eux ; toutefois, à notre avis, celui-ci est sans aucun doute un des meilleurs, étant donné sa préparation et son importance.

Depuis la tenue du Quatrième Congres, nous pouvons énumérer un grand nombre de succès dans plusieurs domaines. Et l'on signalé ici tous ces succès sur tous les plans : dans le secteur de l'éducation, de la culture, de l'idéologie, etc., mais c'est surtout dans le domaine de la production que l'on peut constater clairement ces succès.

Les petits agriculteurs ont répondu à l'appel de la Révolution, et ils sont parvenus à accroître la production dans plusieurs branches de l'agriculture. En ce qui concerne la culture de la canne à sucre, ils ont élevé cette production d’environ 30 p. 100 en cinq ans ; la culture du tabac, elle, a augmenté de 100 p. 100 de 1971 à 1976, et celle des tubercules et des légumes, de 200 p. 100.

Certaines branches, comme la culture du café, ont enregistré une production moins élevée en raison de facteurs qui ne peuvent être attribués aux petits agriculteurs.

Nous devons tenir compte du fait que ces augmentations ont été obtenues en dépit d'une diminution de la quantité totale des terres appartenant aux paysans, parce que ceux-ci ont pris leur retraite ou ont vendu ces terres à l'État.

Au moment où il a pris la parole ici, le compañero Ma­nuel López, chef de la brigade Jésus Menéndez, a signalé que, dans la province de La Havane, les rendements en canne à sucre étaient passés d’environ 49 à 70 tonnes à l'hectare, que le nombre de brigades millionnaires [ayant coupé 1 million d'arrobes, soit 11 500 tonnes ou plus de canne à sucre] était passé de 7 à 50 pendant cette même période de 1971 à 1976, que le total des brigades que compte l'ANAP dans cette province était de 50, et que la moyenne du rendement par homme était passée de 1 840 kilos par jour à 5 750 de 1971 à cette date.

Les compañeros de la province de Matanzas ont expliqué que 1 6210 paysans de ce secteur étaient parvenus à accroître le rendement moyen de 39 tonnes à l'hectare, en 1971, à 69 tonnes, à cette date, et que cette province comptait maintenant 91 brigades millionnaires comparativement à 5 en 1971.

Je crois que ces chiffres sont suffisamment éloquents pour comprendre l'effort qui a été réalisé et constater les succès que l’on est en train d'obtenir.

Mais cette amélioration importante et progressive ne pourrait se poursuivre dans les conditions actuelles de la production paysanne. Vous l’avez expliqué vous-mêmes en termes éloquents à ce Congrès. Et cette question revêt une importance capitale.

En évoquant l'évolution des idées concernant le production agricole, nous nous sommes souvenus des premiers mois de la Révolution, en 1959. En ce qui concerne cette question des formes supérieures de production, on peut dire qu'il existe deux courants de pensée et deux modes d'intégration : l'incorporation aux plans d'État et la coopérative

Il nous semble nécessaire d'exprimer quelques idées pur ces questions. Aux premiers temps de la Révolution, comme je vous le disais, nous discutions de la Réforme agraire. À l’époque comme vous le savez, le Parti n’existait pas encore : il y avait de nombreuses organisations politiques ; nous disposions de l'armée victorieuse, du peuple armé et du Gouvernement révolutionnaire, mais pas des cadres que nous avons actuellement, ni de commissions d'études, ni de groupes spécialisés en la matière. Un groupe de camarades s’est réuni pour élaborer la première Loi de réforme agraire. Une loi avait déjà été adoptée avant le triomphe de la Révolution, alors que nous nous battions encore dans les montagnes, mais celle-ci allait être la première loi de la Révolution au pouvoir. La discussion portait alors essentiellement sur les limites de la propriété de la terre. Prudencio disait tout à l'heure qu’à l’époque de la première Loi de réforme agraire, lorsqu'on avait parlé de 400 hectares, cela lui avait semblé excessif. Et il est vrai que partout dans le monde où l’on parle d'une loi de réforme agraire admettant des propriétés s'étendant sur 100 hectares, cela peut paraître énorme. Toutefois, si l'on tient compte du fait qu'avant la Révolution, les propriétés situées dans les meilleures terres s'étendaient sur des dizaines de milliers d'hectares, et que certaines entreprises étasuniennes possédaient jusqu'à 228 000 hectares et d’autres, jusqu’à 130 000 hectares, fixer la limite à 400 hectares était une mesure extrêmement radicale, et cela constituait un défi puissant contre les intérêts des propriétaires terriens et, surtout, des monopoles étasuniens.

Je me rappelle très bien, cependant, que toute la discussion était centrée sur la question de la limite, et un groupe de compañeros, qui n'étaient spécialisés ni dans les questions agraires, ni dans les questions juridiques, s’est chargé de rédiger la Loi. Vous me demanderez sans doute en quoi ils étaient spécialisés, et je vous dirai qu’ils l'étaient dans les questions révolutionnaires (applau­dissements). Ils pensaient à la façon dont le pays allait être divisé, aux fameuses zones de développement, à l'organisation et aux 400 hectares.

Je me rappelle aussi qu'au moment où nous partions pour la Sierra Maestra, où la Loi a été décrétée, j’ai jeté un dernier coup d'œil sur le projet et je me suis rendu compte qu'il s'agissait d'une vaste répartition des terres, mais qu’on n'y parlait de coopératives à aucun moment. J'en ai alors discuté avec les compañeros et, dans l'avion, j'ai rédigé un article qui doit figurer dans la Loi, s'il n'a pas été oublié, dans lequel il était question de coopératives (applaudissements). Dès l’époque de l'attaque de la caserne Moncada, nous parlions déjà de coopératives, et même avant, nous en étions arrivés à la conclusion que la division en lopins n'était pas la solution des problèmes agricoles et économiques du pays, même si, bien entendu, elle pouvait résoudre les problèmes sociaux d'une fraction importante de la population ; de toute façon, la division en lopins ne résoudrait pas les problèmes de tout le peuple, parce que, entre autres, il n'y avait pas assez de terres pour en donner à tous les travailleurs agricoles du pays.

On avait déjà procédé à ce genre de réforme agraire en Amérique latine, à de grandes répartitions de terres – pas d’un point de vue socialiste, évidemment mais capitaliste – et plus d’un gouvernement en avait déjà tiré des avantages politiques. Aussi, je me demandais comment il était possible que notre Loi de réforme agraire ne mentionne même pas les coopératives.

La Loi a été promulguée. Plus tard, effectivement, les premières coopératives ont été créées dans de grandes propriétés qui avaient été saisies ; ensuite, lorsque nous avons pris possession des plantations de canne à sucre, nous avons organisé la production des grandes entreprises agricoles sur la base de la coopérative. En effet, nous avons vite compris que nos coopératives sucrières ne constituaient pas une solution correcte, car nous organisions nos coopératives en y employant des travailleurs agricoles qui ne possédaient pas de terres et, si l'on s'en tient à l’expérience historique et à la logique, on ne peut regrouper en coopérative que des paysans qui possèdent des terres.

En organisant ces coopératives dans les entreprises sucrières, nous dépassions le stade de la simple division de ces terres en lopins. En réalité, il n’est pas nécessaire de réfléchir longtemps pour démontrer qu'une telle division aurait constitué une catastrophe économique pour le pays, car la vie économique de Cuba dépend fondamentalement des exportations agricoles, et l'on ne pouvait pas plaisanter avec l’agriculture de notre pays.

Vous imaginez facilement ce qui se serait produit si ces régions sucrières, où travaillaient des ouvriers agricoles, avaient été divisées en lopins.

D'un point de vue économique, il valait mieux organiser des coopératives avec ces ouvriers que de diviser ces terres en lopins, mais, d'un point de vue social, cela aurait constitué un pas en arrière, car nous aurions fait des paysans de ces ouvriers, de ces prolétaires ; nous aurions déposé entre leurs mains de grandes richesses, et ils seraient devenus propriétaires d’une production dont dépendait la vie du pays. Nous avons donc rectifié notre erreur à temps, au cours d'une assemblée qui a réuni tous les dirigeants des coopératives sucrières récemment constituées.

Ces coopératives sucrières, créées, disons-le, artificiellement, sont donc devenues des fermes d'État. Et les ouvriers – dans des conditions de vie différentes, naturellement, sans morte-saison, sans chômage, sans oppression et sans injustice – sont restés des ouvriers.

Je me souviens que, depuis l’étranger, on attaquait la Révolution en disant que ces ouvriers étaient devenus des esclaves salariés de l'État ; de l'État qui, naturellement, était leur État.

Toutefois, l’idée d'organiser quelques coopératives a été maintenue. Il est vrai qu'à cette époque, notre préoccupation fondamentale était d'éviter qu'un appel invitant les petits agriculteurs à créer des coopératives ne se heurte à l'incompréhension des paysans ; et, comme il y avait d'abondantes terres où développer l'agriculture, il ne s'agissait pas, à ce moment-là, d'un problème fondamental. Il s’agissait d'éviter les difficultés politiques qui découleraient de la tentative d'intégrer les terres des paysans, lesquels étaient habitués aux lopins depuis des temps ancestraux.

Voilà pourquoi la Révolution a supprimé le fermage, le métayage, toutes ces formes d'exploitation, et a remis la terre en propriété à tous les petits fermiers et métayers qu’il y avait dans notre pays.

Les grandes propriétés ou les grandes entreprises agricoles sont passées aux mains de l'État. Les propriétaires moyens avaient gardé leurs terres aux termes de la première Loi de réforme agraire, et les petits agriculteurs étaient devenus propriétaires des leurs. En ce qui concerne les charges, elles avaient toutes été supprimées, même les impôts.

Cependant, au cours de ces premières années, je me rappelle que Pepe et moi, nous avons fait quelques efforts en faveur des coopératives sur certaines terres, et que nous avons organisé quelques coopératives expérimentales. Telle est l’origine des coopératives qui ont été mentionnées et qui ont eu tant des succès.

Nous avons fait ces efforts, mais, pour être juste, il faut dire que la responsabilité nous incombe de n'avoir pas continué à déployer ces modestes efforts en faveur des coopératives. Pourquoi ? La seconde Loi de réforme agraire a été proclamée et, comme vous vous en souvenez, elle a coïncidé avec le cyclone Flora. Ainsi, deux cyclones se sont produits en même temps (applau­dissements): un cyclone naturel et un cyclone social.

Il faut dire que cette Loi était dure. La première Loi de réforme agraire avait touché quelques centaines de bourgeois et de propriétaires terriens. 40 p. 100 des terres non occupées par des paysans étaient passées à l’État ; 30 p. 100, occupées par les paysans, avaient été remises aux paysans et les propriétaires moyens avaient gardé le reste.

Il était indispensable de promulguer une deuxième Loi de réforme agraire. Je dis qu'elle a été dure parce qu'elle a touché 5 000 ou 6 000 propriétaires. Or, comme on le sait, tous les propriétaires n’étaient pas pareils : certains avaient obtenu leur terre grâce à la spéculation et d'autres avaient travaillé leur terre durant de longues années.

Ces propriétés avaient des origines diverses. Cependant, dans ces conditions, il était indispensable de promulguer cette deuxième loi qui concernait 30 p. 100 des terres.

Elle a été rigoureuse aussi dans un autre sens ; en effet, par expérience, nous savions que lorsqu'on nationalise, exproprie ou confisque des excédents de terres, les ateliers, les installations fondamentales restent sur les quelque cent hectares permis, ce qui rend l'exploitation des excédents difficile. Or, la deuxième Loi, de façon draconienne, nationalisait la totalité des terres des propriétaires qui possédaient entre 67,3 hectares et 400 hectares. Voilà pourquoi cette Loi a été très dure, parce qu'elle ne laissait rien à personne, de manière à ce que les installations et les machines ne restent pas sur cette extension réduite de terre. Cette Loi a été réellement très dure.

Il est vrai que, dans ce cas, les propriétaires touchés ont été indemnisés et que l'on a pris en considération certains cas particuliers, en tenant compte de la région – dans les zones montagneuses, par exemple – ou de l'intensité de la production, du travail réalisé et des quantités fournies à l’État. Dans la pratique, donc, nous avons fait quelques exceptions.

A cette occasion, et afin de ne pas semer la crainte, nous avions catégoriquement déclaré à tous les paysans que nous ne dicterions pas de nouvelles lois de réforme agraire. Nous savions qu'autrement, la contre-révolution allait s'empresser de dire à ceux qui possédaient 67,53 ou 40 hectares que leur tour viendrait.

Il est pourtant vrai qu'il existait des différences entre ceux qui possédaient six ou quatre hectares et ceux qui en possédaient 53 ou 67 : des différences non seulement quant à l'étendue des terres, mais également quant à leurs qualités. Toutefois, voici ce que nous avons alors catégoriquement promis à tous les paysans : travaillez, il n'y aura plus de nouvelle réforme agraire.

Treize ans se sont écoulés depuis, et cela prouve que la Résolution sait tenir ses promesses (applaudissements).

Toutefois, lorsque 30 p. 100 des terres sont passées aux mains de l'État, les entreprises d'État sont devenues maîtresses de 70 p. 100 de la superficie totale du pays, et cela a entraîné une série de conséquences. La Révolution a surtout centré son attention sur les terres appartenant à l'État – 70 p. 100 – et l’idée des entreprises d'État a pris une grande force. Nous avons tous connu cette expérience, et j'ai été l’un des premiers à la vivre, même si j'avais été effleuré par l'idée des coopératives avant et après la Révolution, et que j'avais rédigé un article de loi sur les coopératives. Pourquoi ? Parce que nous avons été emballés par le progrès extraordinaire que nous avions enregistré et qu’il nous était possible de développer l’agriculture d'État au maximum.

Bien entendu, lorsque nous parlons de formes supérieures de production, nous savons que l'agriculture d'État est théoriquement et pratiquement la plus élevée (applaudissements).

Néanmoins, nous n'avons pas tiré les conclusions logiques de nos réalités. Nous n’avons rien fait en faveur de la coopération ; nous avons maintenu les relations avec les petits agriculteurs et essayé de développer la production du petit agriculteur en lui fournissant certaines ressources, mais, en réalité, notre attention est restée centrée sur l'agriculture d'État. Nous pensions qu'en fin de compte, peu à peu, grâce à l’acquisition de nouvelles terres qui seraient incorporées aux plans, la propriété individuelle disparaîtrait.

A cette époque, d’importants plans d'État ont été entrepris. Certains d'entre eux ont aujourd'hui une haute production et d'autres ont de grandes perspectives, puisqu'il s'agit de plantations qui, comme les agrumes, réclament un grand nombre d'années pour atteindre des productions élevées. Des plans ont été entrepris sur de grandes étendues, comme les rizières de Sancti Spíritus, qui s'étendent sur plus de 40 000 hectares ; de grands barrages ont été construits comme celui de la Zaza, d'une capacité d’emmagasinage d'un milliard de mètres cubes ; des systèmes d'irrigation ont été installés et des villages ont été construits. Ces efforts énormes ne pouvaient devenir réalité que si nous faisions de grands investissements sous forme de plans d'État.

D'autres plans ont été entrepris, comme ceux de l'île des Pins et de Jagüey, sur des terres pierreuses qui, pour entrer en production, exigeaient d'importants investissements ; des terres que les paysans n’exploitaient pratiquement pas en raison de leurs conditions topographiques et des caractéristiques de leur sol, même si, en y investissant des sommes importantes, elles pouvaient être excellentes pour les agrumes. Des plans importants ont été entrepris à travers tout le pays, spécialement dans la province de La Havane.

Ces plans ont surgi sur des terres de l'État comprenant des lopins appartenant à des petits agriculteurs, qui, d'une façon ou d’une autre, se sont incorporés aux plans, certains parce qu'on leur a offert une rente, d'autres parce qu’ils ont pris leur retraite et d'autres, enfin, parce qu'on a loué leurs terres. En réalité, la méthode qui a été appliquée n'a même pas été uniforme.

Ces plans ont donné de bons résultats. Dans la province de La Havane, par exemple, on produisait 160 000 litres de lait par jour en 1970 et en 1976, soit six ans après, la production avait atteint 528 000 litres (applaudissements). 160 000, et 528 000, six ans plus tard ! En outre, ces plans sont en plein développement ; on continue de construire des centres de traite, à semer des pâturages et à récupérer des terres. Plusieurs brigades ont été chargées de cette dernière tâche, qui consiste à récupérer la terre déplacée pour la construction des barrages, dans les endroits où il y en a trop, et à la répartir sur les terres pierreuses afin de transformer celles-ci en pâturages. De cette façon, un grand nombre d'hectares de terres ont été récupérés dans la province de La Havane. Même les ordures de la décharge qui se trouve à l'extrémité du port de La Havane et qu'il faut déplacer pour construire des quais d'embarquement, sont transportées vers l’Est de La Havane, dans une zone couverte de dents de chien que l’on veut transformer en pâturages. Les camarades de la province de La Havane songent à atteindre une production d’un million de litres de lait par jour, en 1980 (applaudissements).

Les plans d'État ont permis de développer considérablement la production avicole, la production d’œufs, et l'élevage de poulets et de porcs. La production sucrière se développe aussi rapidement, au point qu'à l'heure actuelle, dans la province de La Havane, on obtient déjà des rendements de 70 tonnes à l'hectare, et il est possible que ce rendement passe à 73 ou 74 tonnes cette année, et à 77 l'an prochain.

C’est dans ces conditions que le plan laitier de Triunvirato a été organisé dans la province de Matanzas, sur ce plateau ondulé où il existait quelques parcelles de terres semées de canne à sucre. On n'y produisait alors pas un seul litre de lait ; or, l’an dernier, la production s'est élevée à 31 millions de litres. C’était une région de petits agriculteurs. J’ai personnellement discuté avec eux lorsque le plan a été mis en place : je leur ai expliqué les idées essentielles et, avec la confiance et l'enthousiasme qui leur sont naturels, ils ont accepté. On leur a tout expliqué et, aujourd'hui la région est transformée, et le village, magnifique. Pour la paysannerie, il ne s'agit pas d'un bond en avant de dix ans, mais de trois cents ans. Les paysans disposent maintenant d'un demi-pensionnat pour leurs enfants, de plans d’auto-approvisionnement, de logements, d'un dispensaire, de barrages et d’une école secondaire installée à la campagne où leurs enfants peuvent poursuivre leurs études. Bref, il s'agit d'un changement merveilleux, cela est indéniable, et ce sont des petits agriculteurs qui y sont parvenus.

Cet effort, ces résultats ont à leur tour amené bon nombre de nos compañeros à choisir, des deux solutions possibles, le plan d’État, l'incorporation aux plans d’État.

Il est évident que l’État ne peut procéder à l'intégration des terres en construisant des chaumières et en réunifiant celles-ci. Il ne fait pas de doute que la méthode employée à Triunvirato et ailleurs est une méthode correcte, mais lente. Elle requiert d'énormes investissements et, partout où elle peut être mise en pratique, il ne fait aucun doute que les paysans voient de leurs yeux les avantages de ce système d'intégration. Toutefois, notre pays ne dispose pas d’assez de ressources pour appliquer cette seule méthode, cela est impossible.

A l'époque du quatrième Congrès, on parlait encore de plans d'intégration, de tous les avantages de l'intégration. Je me rappelle avoir aussi clôturé ce Congrès ; j'ai relu à plusieurs reprises tout ce que j’y avais dit, car il faut dire les choses, réviser ce qu'on a dit, rectifier ce qui a été mal dit ou mal copié (applaudissements) et, quelquefois, rectifier ce qui a été dit lorsqu'on croyait que c'était bien dit (applaudissements). Il est exact que nous tous, et moi-même, il y a six ans, croyions encore en une solution unique. Nous n’avions pas compris clairement la réalité et les avantages qu'il y avait à mener de front plusieurs méthodes.

A cette époque, bien entendu, cela n’était pas si important ; il y avait encore assez d'espace pour développer les terres de l'État ; maintenant, néanmoins, cela est beaucoup plus important car les paysans possèdent 1 million et demi d’hectares de terres généralement bonnes. Si l'on continuait d'appliquer la méthode déjà employée à Triunvirato, à Jimaguayú et ailleurs — nous ne mentionnons que deux de ces plans, mais ils sont nombreux — il nous faudrait trente ans pour procéder à l'intégration complète de l'île, en supposant que nous disposions toujours des matériaux, des équipements et des ressources nécessaires. Trente ans ! Et le pays ne peut pas attendre trente ans.

Je le répète : comme en témoigne ce magnifique documentaire intitulé Terres sans clôtures, les paysans peuvent organiser eux-mêmes leurs coopératives ; ils peuvent décider de sortir leurs chaumières des endroits isolés où elles se trouvent actuellement pour former des petits villages où elles seraient alignées et, là, semer des arbres, des fleurs et installer d'autres ornements comme on en trouve dans ces petits villages de la coopérative de Cabaiguán. Toutefois, pour des raisons politiques, pratiques et autres, pour des raisons qui ont à voir avec le prestige de la Révolution, pourrions-nous même dire, l'État ne peut pas se charger de l'établissement de plans d'État reposant sur la transplantation de chaumières isolées dans des villages (applaudissements). L'État ne peut pas le faire, et le pays a besoin que le processus d'intégration des terres et celui de l'augmentation de la productivité agricole atteignent un rythme beaucoup plus rapide que celui que nous garantit un seul mode d’intégration. Il s'agit là d'une réalité dont il faut maintenant tenir compte.

S’il faut retirer des clôtures et procéder à l'intégration des terres sans que l'on dispose de ressources assez abondantes pour refaire ce qui a été fait dans ces plans, la coopérative est beaucoup plus pratique et, politiquement, beaucoup plus valable.

C’est maintenant que nous commençons à comprendre tout cela. En 1974, lors de la cérémonie tenue à La Plata à l’occasion du quinzième anniversaire de la première Loi de réforme agraire, nous avions déjà signalé la nécessité de rechercher des formes supérieures de production, en ayant recours à deux voies : celle de l'intégration en plans d’État et celle de l'organisation de coopératives. Cette politique est officiellement consignée dans une des thèses adoptées lors du Premier Congrès du Parti. Par conséquent, pour atteindre des formes supérieures de production, il faut utiliser ces deux voies : l'intégration dans des plans et les coopératives.

Personne ne doit avoir peur des coopératives. A la suite de l'incorporation de certains paysans aux plans de l'État, ou de l'abandon pour raison de vieillesse ou de retraite, un nombre croissant de terres est passé à l'État. Aujourd'hui, donc, l’État possède près de 80 p. 100 des terres cultivables du pays, et les paysans n'en possèdent à peine que 20 p. 100. Selon les statistiques – bien qu'il faille toujours se méfier des statistiques –, les paysans possèdent aujourd'hui 21 p. 100 des terres cultivables et 19 p. 100 de la superficie totale du pays ; en d'autres termes, 80 p. 100 des terres de ce pays ou près de 80 p. 100, c’est-à-dire 79 p. 100 des terres arables de ce pays, toujours selon les statistiques, sont réparties en fermes d'État ou, pour le dire en d'autres mots, constituent la propriété de tout le peuple, dans une forme de production basée sur l'effort des ouvriers agricoles. Comment pourrions-nous avoir peur d'organiser des coopératives sur ce million et demi d'hectares environ que possèdent les paysans ? Je suis absolument convaincu que, dans nos conditions, avec les ressources dont nous disposons, et compte tenu de tous les facteurs – même politiques – nous devons accélérer ce mouvement dans les zones rurales.

Lorsque nous parlons de deux formes, que voulons-nous dire et qu'est-ce que cela signifie pour nous ? Lorsque le paysan est isolé, entouré de terres appartenant à l’État, au milieu d'une ferme de l'État, dont il gêne pratiquement le développement, la chose la plus logique est qu'il incorpore sa terre au plan de l'État. Exceptionnellement, ce processus d'intégration à des plans peut également s'effectuer dans des endroits où l’État réalise d'importants investissements, ou là où il est nécessaire de réaliser d'énormes investissements qui ne sont pas à la portée des membres des coopératives, mais seulement de l’État. En règle générale, à notre avis, les coopératives doivent être organisées dans les endroits où les paysans sont rassemblés comme on peut le voir sur la carte, comme on peut le voir depuis l'avion, depuis l'hélicoptère ou depuis la voiture, la jeep ou le cheval, quelles que soit leurs cultures : le tabac, les tubercules, les légumes ou la canne à sucre. C'est pourquoi nous nous référons aux deux formes.

S’il y a une petite ferme autour de laquelle sont installés des paysans, quelques hectares, une parcelle, comme dans le cas qu'un compañero a exposé ici, dans ces cas – il a demandé ce que l'on ferait des clôtures installées par l’Institut national de la réforme agraire –, nous enlèverons les clôtures de l'INRA et nous incorporerons ces terres à la coopérative (applaudissements). Le monde ne va pas s'écrouler pour cela, la Révolution ne s a pas s'arrêter, car c'est là la solution la plus logique et la plus pratique. Et, de la même façon que l'on a recours à une formule dans le cas des zones où le paysan est isolé, il faut chercher ici une autre formule et l'incorporer à la coopérative. On calcule la valeur du terrain en fonction du plan, car, quel profit tirerait l'État en administrant une parcelle de terre isolée ? Dites-moi si cela pourrait fonctionner au milieu de terres appartenant à une foule de paysans ? Oui, l'État retire aussi ses clôtures, et tout cela est incorporé au plan que choisissent les paysans. Une coopérative ? Soit, une coopérative.

Bien entendu, ce paysan, ce paysan isolé, doit pouvoir choisir entre l’incorporation au plan ou à une coopérative. II ne doit pas se sentir forcé de choisir l’une ou l'autre solution. C’est lui qui doit choisir, et il peut même rester indépendant s’il le désire.

Il n’est presque pas nécessaire de vous parler ici des avantages que représentent les coopératives, c’est-à-dire l'intégration des terres visant à intensifier la production et à obtenir des rendements très supérieurs à ceux que nous avons actuellement.

Cela, vous le savez déjà puisqu'on vous l'a répété ici sans arrêt, de même qu'au sein de la Commission chargée d'étudier la production. Et l'on vous a d’ailleurs exposé de nombreux exemples.

Un compañero a expliqué que l’on semait environ 80 hectares de tabac dans sa base paysanne et qu’ils étaient parvenu à en semer 175 après de grands efforts. Il a signalé que si sa base paysanne s'incorporait à une coopérative, elle pourrait semer 295 hectares de tabac, et d’obtenir des rendements supérieurs.

Le compañero Romelio nous a signalé que, dans la coopérative à laquelle il appartient, à Cabaiguán, il n'avait pas seulement été possible d'étendre les cultures de tabac, mais aussi d'obtenir un rendement de plus de 1,7 tonne de tabac à l'hectare, alors que celui des autres zones était de 1,4 ou moins.

Je crois que vous avez été assez clairs lorsque vous avez dit ce que signifie l'intégration des terres, et vous l'avez fait également dans un extraordinaire esprit révolutionnaire. Bien entendu, sur ces terres unifiées, seule l'intégration et seul le développement des communautés rurales peuvent changer radicalement les conditions de vie à la campagne.

L'éducation, la santé publique, l’électrification, l'eau courante, le logement, les transports, les communications, tous les avantages de la vie moderne, y compris la télévision en couleur dont parlait Prudencio, ne pourront jamais être à notre portée si nous en restons au petit lopin isolé.

C'est pourquoi nous avons pu observer que les principaux partisans de l'intégration étaient surtout les femmes et les enfants, qu'il s’agisse de plans d'État ou d’autre chose ; les femmes sont lasses de charrier l'eau depuis la rivière, depuis le puits, d’attendre le camion-citerne avec un bœuf, un cheval ou une charrette quelconque, de laver leur linge dans la rivière et de subir toutes ces calamités, Il est clair, en effet, que la paysanne est accablée de travail : entre les soins qu’il lui faut prodiguer à ses enfants et à son mari, le repassage, la lessive, la cuisine, etc., il ne lui reste guère le temps de souffler (applau­dissements).

Je suis absolument convaincu que si l'on faisait une enquête ou qu'on établissait des statistiques, on constaterait, en dépit du courage des hommes, de la machette que portent les paysans, de leur disposition réelle à accomplir des missions internationalistes, que la moyenne de vie de la femme est inférieure à celle de l’homme, malgré les risques terribles auxquels s'expose l'homme avec son cheval et sa machette (applaudissements et rires). Car, en plus, la femme doit passer par cinq, six, sept, dix accouchements et même plus, en dépit des progrès qui ont été réalisés dans ce domaine (rires). Ce sont là des réalités.

La femme sait très bien que dans son petit lopin, elle n'aura jamais l'eau courante et ne pourra pas utiliser d'appareils électroménagers, de réfrigérateur, car elle ne disposera pas de l'électricité. Elle sait qu'il est difficile, voire impossible, d'organiser un jardin d'enfants au milieu d'un petit lopin. La femme connaît tous ces problèmes, et elle veut progresser, s’incorporer au travail, avoir une participation active à la vie sociale ; aussi défend-elle cette possibilité plus énergiquement que l'homme. Envers et contre tout ce que l’on peut dire, les femmes sont souvent plus révolutionnaires que les hommes (applau­dissements). Il se produit le même phénomène parmi les enfants : isolés, ils ne peuvent pas s’amuser ; ils ne disposent pas d'un petit terrain de sports où se réunir avec leurs camarades ; s'il pleut, ils doivent faire des kilomètres dans la boue et se tremper jusqu'aux os pour arriver à l'école. Les conditions de vie de l'enfant isolé sont également différentes et très dures.

Ceci, en ce qui a trait à l'aspect social de la question. Du point de vue économique, les avantages de l'intégration sautent aux yeux. Les terres que possèdent les petits agriculteurs – un peu plus d’un million et demi d'hectares – sont cultivées à 50 p. 100, à l'aide d'une certaine technologie ; le reste sert de pâturage naturel, ou reste en friche. Autrement dit, les terres sont mises à profit à 50 p. 100 seulement.

L'emploi des techniques et des machines modernes y est très difficile. Il est impossible d'épandre les engrais par avion dans une région de petits lopins. Les engrais tuent les agrumes, tuent les bananiers, tuent même les palmiers. L'épandage d'engrais par avion empoisonnerait tout le monde ; les machines combinées utilisées dans la récolte de la canne à sucre ou dans celle du riz, les machines agricoles en général y ont un rendement très faible. Pour y monter des réseaux d'irrigation, il faut littéralement être un génie ; les communications se compliquent, et tout le reste aussi, sans le moindre doute,

Naturellement, on ne va pas remplir la campagne cubaine de poteaux électriques et de poteaux télégraphiques, ce qui serait la seule façon de faire parvenir l’électricité et le téléphone dans chaque lopin. Ce sont là des réalités.

L'électricité coûte toujours plus cher. Il n'est pas question d'installer par-ci par-là un groupe électrogène, car il n’y a rien de plus antiéconomique. Le pays ne peut supporter le poids de telles dépenses.

Ce sont la vie, la réalité et toute une série de facteurs qui veulent cela.

Le petit lopin constitue un obstacle décisif à l'amélioration du mode de travail, à l'incorporation de toute la population au travail, y compris les femmes, à l’augmentation de la productivité et à l'application de la technique. Autrement dit, un jour, il n’y aura plus de lopins dans notre pays, car si le latifundio est un mal, le minifundio l'est aussi, du point de vue de la productivité.

Bien sûr, chacun se souvient avec attendrissement de l'époque où il allait rendre visite à sa tante, à sa grand-mère, etc. Moi aussi, j'ai mes souvenirs, et j’ai toujours éprouvé une certaine tendresse à la vue de la chaumière isolée, entourée de plantes et de fleurs, et devant laquelle se promènent quelques poules. Tout cela n'est pas dénué de romantisme. Toutefois, il en est de même pour la vie paysanne que pour l'avion ou le bateau à voile : il y a deux siècles, on se rendait en Europe en bateau à voile. Les départs étaient plus romantiques, plus nostalgiques ; on entendait beaucoup plus de soupirs (rires). Et pourtant, plus personne ne voyage aujourd'hui à bord d’un bateau à voile.

Avant, pour aller à Moscou, il fallait prendre un bateau à voile jusqu'en Europe ; de là, jusqu'à la mer Baltique et, en arrivant à ce qui est aujourd'hui Leningrad, il fallait monter dans une diligence pour parcourir encore les centaines de kilomètres qui séparaient les voyageurs de Moscou, au printemps ou en hiver. Vous imaginez comme les gens soupiraient à l’époque ! (Rires.) Aujourd'hui, vous recevez un télégramme de Moscou qui annonce : j'arrive demain. La vie nous a imposé tout cela ; elle nous l'a imposé. L'humanité d’aujourd’hui ne peut pas vivre comme aux siècles passés. La vie, l'Histoire imposent des changements.

A l'époque des indigènes, la propriété de la terre n'existait même pas. Puis, les Espagnols sont arrivés, ils ont conquis l'île et ils se la sont partagés entre eux. Un poteau au centre et je ne sais combien de lieues tout autour ; ce qui restait entre les cercles appartenait au roi. Ainsi surgirent les fameux realengos, ou biens de la couronne, dont a tant parlé Pablo de la Torriente Brau. Les Espagnols ont réduit les Indiens à l’esclavage et sont devenus propriétaires. Ainsi est née la propriété parcellaire. Ensuite, ils ont réduit les Africains en esclavage, et la propriété s’est perpétuée durant des siècles, mais la population a augmenté.

Si nous n'étions que 200 000, il ne vaudrait pas la peine de s'attarder autant sur le sujet, comme nous le faisons ici. Toutefois, nous sommes près de dix millions, et nous devons produire des aliments pour nous et, en plus, exporter des millions de tonnes de produits agricoles. Nous sommes près de dix millions.

Après les Espagnols, sont arrivés les Yankees, les latifundia, les grandes sucreries et les grands propriétaires cubains, qui faisaient payer des fermages, des rentes, etc., et qui ont engendré tout ce chaos et toutes ces calamités que nous avons connus avant la Révolution. Puis, est venue la Révolution, qui a commencé à rectifier tout cela. Aujourd'hui, près de 80 p. 100 des terres du pays fonctionnent comme des entreprises d'État, alors que 21 p. 100 restent aux mains des paysans. Nous devons continuer d'avancer.

Avec près de 80 p. 100 des terres constituées en entreprises d'État, notre pays est aujourd’hui le pays du monde qui possède le pourcentage le plus élevé de terres exploitées par des entreprises qui sont la propriété de tout le peuple. Le reste, soit 21 p. 100, est formé de parcelles. Cela représente un changement immense, qui répond à nos réalités et à nos besoins.

La Révolution n’est pas vieille, même si certains d'entre nous deviennent vieux, à l'exception de Pepe (rires), qui jouit d'une éternelle jeunesse (applau­dissements). Dix-huit ans, c'est une période relativement courte ; toutefois, au triomphe de la Révolution, comme nous l'expliquions au Congrès du Parti, notre pays comptait 1,1 hectare de terre arable par habitant ; et maintenant, au bout de quelques années seulement, nous en avons 0,7 hectare. Nous en ayons perdu passablement par habitant en peu d'années. Le fait de passer en dix-huit ans de 1,1 hectare à 0,7 hectare par habitant est assez dramatique. Et ce n'est pas parce que la mer e envahi l'île et en a englouti une partie, ou parce que les Yankees nous ont volé des terres ; c’est simplement parce que nous avons augmenté et que nous nous sommes multipliés. De 6 millions et quelques, nous sommes passés, selon mes calculs – je ne sais pas ce qu’en diront les statistiques et le recensement - à près de 9,5 millions ou un peu plus. Et l’accroissement est encore important. Voilà la réalité.

Que devons-nous chercher à obtenir sur ce 0,7 hectare ? Qu'est-ce que 0,7 hectare ? A peine deux tiers d'un îlot de maisons, moins de trois quarts d’un îlot de maisons de terre par habitant. 7 000 mètres carres par habitant ! Et, dans un proche avenir, sur ces 7 000 mètres carrés, même si nous continuons de croître, nous devons produire une tonne de sucre pour l'exportation, sans compter les autres produits nécessaires.

Vous voyez bien s’il est important ou non, en ce moment historique de notre pays, de chercher un maximum de productivité par hectare et par homme. Parce que nous ne pouvons croître horizontalement, parce que nous nt pouvons nous étendre, nous devons croître verticalement. En d'autres tertres, nous ne pouvons augmenter notre production d'articles agricoles qu'en élevant la productivité à l'hectare Et il n'y a pas d'autre solution. Non, il n'y a pas d'autre solution ! Sans compter que notre population continue d'augmenter.

Bien entendu, je pense qu’au fur et à mesure que le pays se développera et que le niveau de culture s’élèvera, le taux des naissances diminuera logiquement. Nous l'espérons (applaudissements). Toutefois on affirme que tous ces enfants qui sont nés en quantité industrielle après 1959, au cours des premières années qui ont suivi la Révolution, entrent maintenant dans la phase de la reproduction (rires).

Il faut songer à tous ces problèmes et il faut méditer pour que notre pays instruise son peuple de ces réalités, pour que notre Parti fixe une politique quant à la population. Parce que l'île ne grandit pas : elle diminue. Partout où l'on construit une usine, une école, une ligne de chemin de fer, partout où l’on pose une ligne de haute tension, on perd de la surface agricole. Il faut voir ce qu'implique la pose d’une ligne de 220 volts : l'impossibilité de semer ceci ou cela. Et lorsque nous aurons notre centrale atomique, il sera nécessaire de poser d'autres lignes à haute tension, et il faudra installer de nouvelles tours et construire de nouveaux chemins et d'autres installations. Le pays ne grandit pas. Aussi sommes-nous obligés de récupérer tout marais qui peut l'être et tout terrain recouvert de dent de chien, il faut répandre la terre qui est déplacée lors de la construction des barrages et semer de nouveaux pâturages. II s'agit de réalités que nous ne pouvons oublier.

Notre pays a une population relative aussi importante que la Chine, avec ses 85 habitants au kilomètre carré. Il importe de préciser une circonstance spéciale : notre pays ne vit pas de l'industrie, mais de l’agriculture, car il n'a pas d'autres grandes ressources naturelles sur lesquelles il puisse s’appuyer. Il se fonde essentiellement sur la terre, tout en promouvant le développement industriel

Il est d'une importance vitale que la productivité à l'hectare augmente et que chaque hectare de terrain soit cultivé. Dans les montagnes qu'il est impossible de cultiver, il faut semer des arbres en vue de produire du bois, car nous en avons besoin pour plusieurs choses.

Cette forme supérieure de production permettrait de résoudre plus facilement le problème du logement des paysans. II est impossible que les brigades de l'État se mettent à construire les logements dont les paysans ont besoin, ou que le travail des brigades de l'État, à la campagne se limite à la construction de logements dans les nouveaux plans de l'État. En effet, comment résoudre les problèmes de logements des centaines de milliers d’ouvriers qui travaillent dans les fermes d'État ? Si nous nous limitons à la construction dans les nouveaux plans, comment résoudrons-nous les problèmes de ces ouvriers qui travaillent depuis de longues années et qui n'ont pas encore des conditions de logement correctes ?

Quelle formidable force constructive représenteraient ces paysans regroupés au sein de coopératives ! Les paysans peuvent prendre des mesures que l'État ne peut pas prendre, comme la transplantation des chaumières. Et il ne faut pas interpréter ceci péjorativement. Il vaut la peine de projeter un peu partout le documentaire dont je parlais, car les chaumières que ces paysans ont enlevées et les maisons qu’ils ont construites avec des ressources rudimentaires ont eu pour résultat un joli petit village, où les paysans ont su créer des conditions de vie. Toutefois c'est le paysan qui peut faire cela avec sa maison ; ce n'est pas l'État. Il y a aussi des coopératives qui ont retiré les clôtures et qui maintiennent les chaumières isolées tant qu'ils n'ont pas la possibilité ou le besoin de faire le village.

Mais je suis certain que le jour où elles disposeront de ciment, de pierre et de sable et qu'elles auront organisé leurs microbrigades, les coopératives pourront construire les logements, les villages, les écoles, tout ce dont elles auront besoin, et cela sera beaucoup plus économique que de le faire par l'État. Grâce au système du plus-travail et à condition qu'ils disposent des matériaux, ces paysans pourraient largement contribuer à la solution du problème.

Il est vrai que nous ne disposons pas de tous les matériaux de construction nécessaires. Mais nous allons avoir du ciment. A l'heure actuelle, nous construisons deux cimenteries, qui auront une capacité de plus de 2,5 millions de tonnes. En 1980, notre pays pourra produire 7 millions de tonnes de ciment. Ces installations seront achevées en 1979. Autrement dit, nous aurons beaucoup plus de ciment que nous n'en n'avons eu jusqu’à maintenant, ainsi que de la pierre, du sable, etc. Et nous utiliserons divers procédés de construction. Je ne veux pas dire que les microbrigades des coopératives recevront des grues, des camions-grues et d’autres machines ; on peut faire de magnifiques immeubles en utilisant les méthodes de construction traditionnelles. Les organismes de la construction pourront les aider en faisant les plans des villages, plusieurs plans pour que le paysan puisse choisir et exécuter ensuite le projet à l'aide des méthodes de construction traditionnelles. C'est dans ces paysans que réside la force de travail permettant de résoudre une grande partie des problèmes qui se posent à la campagne, et l’État pourrait fournir les matériaux dans la mesure où il en disposerait.

Il est un autre problème que je n'ai pas mentionné et dont il a été question ici : le vieillissement de notre population paysanne. Nous avons entendu parler un peu partout du cultivateur du café qui était devenu trop vieux et de la dame qui avait perdu son époux et qui, mère d'un certain nombre d'enfants, ne pouvait pas s'occuper de telle ou telle plantation, ou du café, ou de la canne à sucre, ou du reste. On en a beaucoup parlé, et il s'agit d'un problème réel.

Il se pose aussi un autre problème : l'exode des habitants de la campagne vers la ville. Je suis persuadé que l'organisation de coopératives et l'amélioration des conditions sociales dans ces coopératives contribueraient à la rétention de la population paysanne et au ralentissement de ce processus, qui est inquiétant pour n'importe quel pays. N’oublions pas tous ces cas concrets : si, dans une base paysanne regroupant 52 paysans, un paysan prend sa retraite, que faire de sa terre ? Faut-il la donner au voisin ? Cela augmente la propriété du voisin. Faut-il que l'État acquière un petit lopin dans une base paysanne ? Aujourd'hui, il n'existe pratiquement pas d’autre solution : l'État reçoit cette terre, ou l’achète au paysan qui ne peut plus la travailler. Ce n'est pas l’idéal lorsque cette terre est située dans une base paysanne.

Avec les coopératives, ces problèmes ne se posent plus, car lorsqu'un membre de la coopérative prend sa retraite, la collectivité reste en place ; elle peut recevoir d'autres membres et garantir la production. Je suis convaincu que l'intégration des coopératives résoudrait bon nombre de problèmes.

Naturellement, compte tenu des possibilités techniques et de l'emploi de machines, le niveau de vie des paysans membres des coopératives sera plus élevé que celui des ouvriers, cela est indiscutable. Il suffit d’évaluer les résultats que l'on peut obtenir sur un hectare semé de canne à sucre, de légumes ou de tubercules et cultivé avec de bonnes techniques. A mon avis, lorsque la productivité augmentera, le niveau de vie du paysan coopérateur sera généralement plus élevé que celui de l'ouvrier.

Bien évidemment, le problème des impôts a été abordé ici. Comme je l'ai déjà dit, même les impôts ont été supprimés dans le pays. Il est impossible de résoudre le problème des investissements en imprimant des billets de banque. Telle est le fond de la question : il faut recueillir de l'argent. Bien entendu, chaque citoyen a le devoir de contribuer à couvrir les dépenses du pays, qui sont importantes dans plusieurs domaines.

Les ouvriers apportent une contribution maximale : ils travaillent dans les usines, dans toutes les industries, dans l'agriculture, et ils touchent un salaire. La question des impôts ne répond pas seulement à un principe de juste répartition des contributions entre tous les citoyens du pays, mais elle peut aussi contribuer à éviter une différence excessive, irritante, entre le revenu du paysan d’une coopérative et celui d’un ouvrier. Bien sûr, je pars du principe que le revenu du paysan coopérateur sera, dans les conditions actuelles de Cuba, supérieur au salaire de l'ouvrier ou au revenu de l'ouvrier. Dans une coopérative, la production appartient aux membres.

Nous devons étudier à fond la question des impôts que payeront les producteurs paysans. Il s'agit d'un problème qu'il faut bien analyser, d’une part pour éviter que les impôts ne provoquent une baisse de la production, et d’autre part pour que ceux-ci soient équitables, pour qu'ils soient justes et tiennent compte de tous les facteurs. Par conséquent, ce n'est pas dans l'immédiat que l'on pourra appliquer la politique relative aux impôts fixée dans la thèse que vous avez approuvée. Par contre, je crois qu'à partir de ce Congrès, la question des coopératives va commencer à avancer.

Nous avons déjà mentionné quelques-uns des nombreux avantages qu'offrent les coopératives. Mais comment allons-nous réaliser cette idée ? Nous en avons déjà fait l'expérience ; il ne faut rien faire avec précipitation. Rien ! Cela doit être un principe fondamental. A ce Congrès, j'ai constaté votre enthousiasme à l'égard des coopératives. J'ai également constaté la prise de conscience de nos paysans. Ici, nous ne nous adressons pas seulement à vous, qui représentez une avant-garde : nous nous adressons aussi au reste des paysans. Néanmoins, vous reflétez un fait indiscutable : le fait que l'idée gagne du terrain. Ce que vous avez exprimé ici et les nombreux exemples que vous avez donnés en sont la preuve, notamment le fait que, dans une base de 52 paysans, 48 souhaitent organiser une coopérative. Nous avons aussi entendu parler certains compañeros de la commission chargée d'analyser la production, comme le compañero Elias, de Ciego de Avila, qui est un des meilleurs producteurs de la région et qui possède environ 30 hectares : il est un des plus fervents partisans des coopératives, parce qu'il comprend les avantages qu'elles offrent pour élever la production et la productivité. Vous avez cité ici de nombreux exemples qui démontrent les progrès réalisés par notre paysannat. Il est vrai que, depuis plusieurs années, nous avions abandonné les grands efforts du début en faveur de la coopération, mais il est également vrai, à mon avis, que notre paysannat est en ce moment mieux préparé que jamais pour comprendre ces problèmes.

Certains d'entre vous ont relevé le changement qui s’est déjà opéré quant au niveau culturel des paysans ; ils ont signalé que l'époque de l'analphabétisme était bien révolue, de même que celle de l’alphabétisation, et que de nombreux paysans étaient en train d'étudier en vue de passer leur certificat d’études. Une compañera de la région d'Oriente a annoncé que, dans sa base, tous les paysans avaient passé le certificat d'études. Nos paysans ont un niveau culturel, idéologique et politique beaucoup plus élevé ; ils font preuve de beaucoup plus de compréhension, de patriotisme, de tout. Disons que certains phénomènes de spéculation qui se sont produits dans les premiers temps se sont considérablement réduits, et lorsque les paysans se seront intégrés au sein des coopératives, toute possibilité de spéculation aura disparu de nos campagnes. En d'autres termes, il y a plus de culture, plus de conscience, plus de compréhension de tous ces problèmes, mais cela ne signifie en aucune façon que nous ayons le droit de commettre des erreurs au moment d'appliquer cette politique.

Il faut tout d'abord déterminer qui peut autoriser la constitution d’une coopérative, A notre avis, la délégation de l’ANAP au niveau provincial – placée sous le contrôle de l’exécutif national – et le ministère de l’Agriculture, au niveau provincial également doivent travailler en parfaite coordination. II faudra donc avoir l'autorisation de ces deux représentations : celle du ministère de l'Agricul­ture et celle de l'ANAP. Il faut étudier chaque cas séparément et vérifier ensuite si toutes les conditions ont été respectées. Il faut surtout analyser chacun des cas séparément : s’il y a ici une parcelle appartenant au ministère de l'Agriculture, expliquer pourquoi il est plus raisonnable qu'elle soit intégrée à la coopérative et, plus loin, si c'est le paysan qui est isolé, expliquer aussi pourquoi il est plus raisonnable qu'il soit intégré à la coopérative. Il faut éviter toute précipitation lorsqu'il faut récupérer une parcelle, envisager les différentes possibilités et compter toujours sur l'accord du paysan. Je reviendrai plus tard sur ce point. Il faut d'établir un contrôle, car il est possible que se déclenche un mouvement puissant et incontrôlable d’organisation de coopératives.

Si une base paysanne veut se constituer en coopérative, elle doit réfléchir profondément avant de le faire, analyser attentivement la question et peser le pour et le contre ; elle doit suivre la voie la plus démocratique et respecter absolument la volonté des paysans. Je crois que c'est là un point essentiel.

Je voudrais encore ajouter quelque chose à ce qu'a dit le compañero Pepe. Il a précisé que volontariat ne signifiait pas spontanéité. C’est très juste. Il a signalé qu'il fallait convaincre le paysan. Très juste aussi. Toutefois, il faut ajouter que si le paysan n’est pas convaincu, il faut respecter son opinion et le laisser sur sa parcelle (applaudissements).

Au cours des réunions, certains délégués étaient tellement convaincus que cela est logique et utile pour le pays et pour le paysan et que c’est un devoir important d'avancer sur cette voie qu'ils disaient : à quoi bon le volontariat ? et ils allaient jusqu'à s’opposer à ce principe. Ils se demandaient : pourquoi accepter qu’un individu puise causer du tort par son attitude ? Évidemment, vous savez que l'État doit faire face à certaines situations : s’il faut construire une ligne de chemins de fer, une usine, un barrage et, qu'il est indispensable d'exproprier une parcelle, il le fait ; cela est établi dans toutes les Constitutions du monde, même dans les Constitutions bourgeoises. Ce sont-là les seuls cas permis, et notre Constitution en fait état.

Il y a eu beaucoup de discussions avec beaucoup de gens, pas avec des paysans. Certaines personnes ont une petite maison de bois, et il faut construire à cet endroit une usine ou un ouvrage important. Et je sais par expérience – on m’a parlé de tas de cas – qu’elles discutent et demandent presque un palais en échange. « Cette maison-ci ne me convient pas, parce qu'elle n'a que trois chambres, et j'en voudrais quatre. » Et un autre : « Non, celle-ci ne me plaît pas, parce qu'elle n'a pas de balcon. » Il y a quelquefois des gens qui abusent de la Révolution, surtout dans les villes. Et il est vrai que, souvent, il est impossible d'entreprendre certains ouvrages très importants parce qu'on n’a pas pu persuader un individu de déménager dans une maison qui est trois fois meilleure que la sienne et mieux située. Il y a certaines gens qui adoptent des positions pareilles. Néanmoins, même dans ces cas-là, nous n'avons jamais eu recours à la coercition,

Je crois que les lois doivent nous apporter des formules pour résoudre ces problèmes, et qu'elles nous les apportent ; toutefois, vous n'êtes pas sans savoir que nous n'avons pas encore beaucoup d'expérience en matière de lois, et que nous n'avons même pas assez d'avocats.

Il y a des gens qui adoptent de telles positions, ce qui n'est habituellement pas le cas des paysans, en raison de l’esprit sain avec lequel ils ont généralement grandi, et en raison de leur droiture de caractère, de leurs principes. Cela ne signifie pas qu'il n'y a pas d'exceptions.

Lorsqu'il existe un important intérêt d’utilité sociale, les lois permettent alors l'expropriation forcée. Cependant, ce n'est pas le cas d'un individu qui refuse de faire partie d'une coopérative.

Il est préférable d'avoir de la patience plutôt que d'entendre dire demain que notre Révolution a obligé un paysan à adhérer à une coopérative ou à s’y intégrer. Cela entacherait notre Révolution, II faut savoir attendre, si nous avons supporté les hatos, les corrales, les latifundia et les petits lopins durant des siècles, qu'importe si nous devons attendre dix, quinze, vingt ou trente ans, ou cinquante pour certains cas isolés ; et, si un petit lopin veut servir de musée, eh bien, qu'il serve de musée (applaudissements).

Il faut que chaque paysan soit absolument sûr et certain que sa volonté sera respectée. C'est là le principe numéro un. Il ne doit surtout pas être considéré comme un ennemi. Au contraire, il faut lui demander de produire, de travailler.

Le progrès s'impose. Notre problème actuel ne consiste pas dans le fait qu'un paysan veuille rester sur une parcelle trente, quarante ou cent ans, mais dans le fait qu'un grand nombre de paysans ne veulent plus rester sur un petit lopin et qu'ils sont disposés à vendre immédiatement, si l’État leur propose d'acheter ; si on leur offre une maison, une petite maison au village, ils déménagent vite. Dans certains endroits, cela devient plus difficile et dans les montagnes, le problème est extrêmement sérieux.

Autre problème : les enfants des paysans s'en vont à la ville pour faire des études, et qu’ils les fassent dans une école secondaire installée à la campagne, dans une école poly­technique, dans une école technique ou à l'université, il n'est pas facile ensuite de les faire revenir au petit lopin. Par ailleurs, ceux qui ont terminé leur service militaire où ils ont appris à conduire un char ou un camion, ou qui ont reçu un diplôme de mécanicien ou d'expert en communications, etc., ne veulent plus retourner sur le petit lopin.

Nous espérons qu'ils voudront revenir lorsque les conditions auront changé et qu’il ne s’agira plus de petits lopins. Mais c’est un problème réel : l'exode de la campagne vers la ville et, surtout, celui des jeunes, et la façon d'y mettre fin. Nous devons avoir recours aux voies politiques des Jeunesses communistes, du Parti, à l'amélioration des conditions de vie à la campagne et à l’établissement de conditions plus proches de celles de la ville pour empêcher cet exode. Voilà le problème qui se présente à nous. Aussi devons-nous absolument éviter de nous sentir préoccupés par le paysan qui refuse de s'intégrer.

Dans l’histoire des coopératives de la région centrale du pays, il y a des cas de paysans qui, au début, se refusaient à entrer dans la coopérative et qui, plus tard, ont voulu y entrer et se sont heurtés à un refus ; ils pleuraient pour qu'on les y laisse entrer.

Le progrès s'impose. Il faut éviter d'exercer la moindre pression sur qui que ce soit ; il ne faut pas précipiter le mouvement. Nous avons le temps. Il faut d'abord expliquer tous les accords adoptés par ce Congrès et, surtout, cet accord-ci qui est le plus important de tous. Si le mouvement se développe, il ne faut pas le décourager : il faut établir des conditions rigoureuses afin de ne commettre aucune erreur et établir les modes d'autorisation relatives à la création d’une coopérative de production.

Il existe déjà un règlement. Nous are pouvons pas attendre l’approbation de la Loi sur les coopératives, car cela nous ferait perdre un temps précieux et freinerait l'élan du mouvement. Le règlement existe, et c'est conformément à ce règlement que les premières sociétés agricoles ont été créées. Et il faut aller de l'avant sur des bases solides, en partant de ce règlement et, surtout, des expériences accumulées par les coopératives qui fonctionnent depuis plusieurs années.

D'autre part, il faudra assigner un certain pourcentage des revenus du pays au maintien de ce mouvement, sous la forme de tracteurs, de machines, de toutes les ressources dont nous pourrons disposer. Il faut appuyer ce mouvement: le ministère de l'Agriculture doit l'appuyer.

Et voyez le rythme où vont les choses : avant le Congrès, Mestre avait dit à Pepe Ramirez qu'il pourrait disposer d'environ quatre-vingts tracteurs par an ; pendant le Congrès, il a parlé de deux à trois cents. Ce soir même, je bavardais avec le compañero Diodes, et il me disait qu'à son avis, 10 p. 100 des tracteurs qui entreraient dans le pays pourraient être affectés à cette tâche, ce qui représente environ cinq cents tracteurs (applaudissements). Comme vous pouvez le constater, l'offre a monté.

Il en est de même pour l'irrigation, compte tenu, bien entendu, des cultures prioritaires, dont la canne à sucre. Les autres viennent ensuite.

La taille des coopératives est également très importante ; il ne faut pas tomber dans le gigantisme. Il faut bien réfléchir à tout cela.

Nous n'avons pas de cadres capables de diriger une coopérative de 4 000 hectares. Bien sûr, il peut y avoir des besoins déterminés à certains endroits comme, par exemple, là où l'on va construire de nouvelles sucreries. Il faut trois ans pour construire une nouvelle sucrerie et, dans une nouvelle région, il faut travailler beaucoup : semer la canne, intégrer les terres à condition, toujours, que les paysans soient d'accord. Dans ce cas, l’État peut même appuyer la construction d’un village, mais ceci, pour des raisons particulières et exceptionnellement, car il se peut qu'il faille travailler très vite et, entre-temps, le paysan devrait s'occuper des plantations de canne, etc.

Dans toutes ces coopératives, ii faudra évidemment garantir, en plus de la culture principale, les cultures destinées à l'alimentation des paysans eux-mêmes, en utilisant les terres les mieux appropriées à cette fin, comme cela a été fait dans les coopératives de Las Villas. Il faut garantir l’auto-approvisionnement.

On peut obtenir de bons résultats en ce sens. En effet, jusqu'à maintenant, une coopérative peut affecter un hectare de café, deux hectares de café et même plus à la solution de ces problèmes, et contribuer à l’approvisionnement du pays, tout en garantissant l'auto-approvisionnement, là où le terrain est propice. Il suffit d’y consacrer deux ou trois hectares, selon l'importance de la coopérative. Il y a d'excellentes variétés de café, de bonnes graines.

On peut aussi cultiver le café en plaine, mais, dans la plaine, nous n'avons pas de terres disponibles à cette fin. La plaine constitue le terrain idéal pour l'exploitation commerciale du café, mais elle est déjà plantée de canne à sucre, de tubercules et de légumes et, là où il y a une sucrerie, on ne peut pas affecter 13 000 hectares de terres à la culture du café. Il est probable que, sur 40 000 hectares de terre rouge de la province de La Havane, bien irrigués, on peut obtenir plus de café que n’en produisent toutes les montagnes de Cuba, avec un peu de technique. Toutefois, ces 40 000 hectares n'existent pas. C'est pourquoi le café que nous consommons doit venir des montagnes.

Les coopératives doivent assurer leur consommation interne. Bien sûr, il faut établir quelle doit être la culture principale et savoir pourquoi ; il faut travailler en fonction des plans et des intérêts du pays. Ceci, naturellement, est sous-entendu.

Il peut arriver qu'en raison de son importance, une coopérative consacrée à la culture de la canne à sucre possède un jour sa propre machine combinée. Comme vous le savez, une fabrique de machines combinées sera terminée à Holguín au mois de juillet, et elle pourra en produire 600 par an.

Je crois qu’en ce moment, la voie à suivre en cette matière est très claire.

Nous devons chercher à améliorer les rendements et à appliquer la technique ; nous devons poursuivre l'ascension vertigineuse que nous avons entreprise en 1970, à l’époque où nous devions employer plus de 350 000 hommes à la campagne sucrière. A l'heure actuelle, nous en employons quelque 130 000. Imaginez quel progrès nous avons réalisé en sept ans ! Et, en 1980, nous emploierons encore moins d'hommes. Je crois que c’est un des progrès les plus extraordinaires du pays. En effet, dans ce pays, après la Révolution, les campagnes sucrières étaient un casse-tête, car jusqu'alors, comme vous le savez, c'étaient les chômeurs qui les faisaient, c’étaient la faim et les calamités de notre pays qui permettaient de les faire. Lorsque d’autres possibilités ont surgi, les hommes n’ont plus été disposés à couper et à charger la canne ; ils préféraient d’autres métiers. Puis, nous avons eu des chargeuses mécaniques, ce qui était une aide. Ensuite, nous avons introduit des techniques de coupe qui exigeaient que l'on brûle la canne. Enfin, nous possédons des machines combinées. II faut poursuivre cette marche en avant. Il nous reste beaucoup à faire dans le domaine de la productivité de la terre. Cela a été démontré ici.

Prenons le cas du compañero Ridel Navarro, de Corra­lillo : l'an dernier, il a obtenu 143 tonnes à l'hectare. Ensuite, en raison du mauvais temps, il a produit l'équivalent de 120 tonnes à l'hectare. Et il n'a pas utilisé 750 kilos d'engrais, comme il l'a affirmé. Quand il a dit ce chiffre, je me suis imaginé qu'il s'agissait d'une erreur, parce que je n'ai jamais entendu dire qu’un petit agriculteur recevait 750 kilos d'engrais par hectare de canne à sucre ; je savais que ce devait être la moitié. Il dit qu’en insistant beaucoup, on reçoit un peu plus. En définitive, c'était l'équivalent de 450 kilos, parce qu'il s’agissait en réalité d’une dizaine d'hectares de canne coupée plusieurs fois. Naturellement sa terre doit posséder des conditions exceptionnelles. Toutefois, il affirme que tout type de terre peut rendre plus de 85 tonnes à l'hectare. La compañera de Cacocún a affirmé que dans sa base, dix ou douze paysans avaient obtenu un rendement de plus de 68 tonnes à l'hectare, et que cinq d'entre eux avaient obtenu plus de 85 tonnes. Et cela, sur une terre non irriguée ! Une paysanne a obtenu 136 tonnes à l’hectare. Je pense qu'il faut étudier ces cas. Il faut que le ministère de l'Agriculture et l'Académie des sciences se rendent sur les terres où l'on a produit 120 tonnes à l'hec­tare dans certaines conditions. Bien sûr, il y a beaucoup de terres d’État où l'on a également obtenu ces résultats, mais comment ce paysan a-t-il fait pour obtenir de tels rendements ? Quelles sont les caractéristiques de ces terres ? Quelles techniques y a-t-il employées ? Quels sont les facteurs fondamentaux ? Ce n'est pas seulement une question d’engrais. Je suis convaincu que le désherbage de la canne à sucre a plus d'influence que les engrais ! (Applaudissements.)

A Ciego de Ávila, à Las Villas, on a obtenu de très hauts rendements dans la culture des bananes et des légumes. Dans tout le pays, il y a 4 000 hectares consacrés à la culture du taro, de l’espèce dite japonaise, qui peuvent parfaitement rendre 85 quintaux à l'hectare, grâce à l'irrigation, et même dans certains cas produire de 100 à 120 quintaux. Enfin, il s'agit en fait d'un espoir. C'est ce qu'on peut appeler croître verticalement : produire plus de bananes à l’hec­tare, plus de taros, plus de riz, plus de légumes en tous genres, y compris les poivrons. Il s'en est fallu de peu pour que le poivron soit mal loti à ce Congrès (rires). Si on nous enlève le poivron, que mettrons-nous dans le potage ? (Rires.) Bien sûr, le compañero avait raison de dire qu'il devait y avoir une équivalence dans les prix, à quoi l’on peut ajouter également une certaine flexibilité ; nous n'avons pas d’autre solution qu'une certaine flexibilité dans les prix, tant les prix à la population que les prix aux paysans. Il ne peut y avoir de rigidité dans les prix des légumes. Il y a eu des années de pénurie et des années d’abondance ; voilà pourquoi je pense qu'il faut être flexible dans le prix de certains produits, tant dans les prix au consommateur que dans les prix au producteur, parce que celui qui a été payé au prix fort ne veut plus qu'on y touche et celui à qui l'on a vendu à bas prix ne veut pas non plus qu’on y touche. Nous ne pouvons agir avec rigidité, il faut une certaine flexibilité. Toutefois, les prix doivent être bien fondés. Parfois, le prix doit servir à stimuler la production dans une région donnée, par exemple, le calé dans les montagnes ; le pays peut avoir intérêt à stimuler la production d’une culture au moyen des prix. Il faut tenir compte de tout cela. Et il faudra faire une analyse profonde à ce sujet.

Toutefois, je tiens à vous dire que c'est sur l'augmentation de la productivité qu'il faut compter. Et les possibilités sont heureusement nombreuses car, sinon, qu’adviendra-t-il de nous lorsque notre population atteindra quinze ou vingt millions d’habitants ? Nous devons nous appuyer sur la technique et sur la science, et travailler inlassablement à la productivité.

Cependant, en ce qui concerne la canne à sucre, cela est très, mais très important !

Dans notre pays, près d'un million et demi d'hectares sont semés de canne à sucre. Nous analysons et nous calculons les besoins de l’augmentation de la production sucrière, ainsi on estime qu'en 1990, 2 millions d'hectares seront semés de canne à sucre. Naturellement, il faut exclure de cette immense superficie les plantations de canne à sucre destinée à l'ensemencement, les terres préparées en vue de recevoir les semences, etc. Et évidemment, on ne récolte jamais toute la canne à sucre existante. Que signifie passer de 51 à 77 tonnes à l'hectare ? Si, sur une superficie de 1 340 000 hectares, le rendement passe de 51 à 77 tonnes à l'hectare, c'est comme si vous disposiez de 670 0000 hectares de plus ; cela équivaut à une augmentation de la superficie du pays de 670 000 hectares (applaudissements).

Cela pour que vous mesuriez mieux l'importance des rendements. Et si la productivité passe de 68 à 102 tonnes à l’hectare, ce sera encore mieux. Tout cela est possible. Pourquoi ? Parce que nous avons déjà éliminé la fameuse POJ-2878. Cette variété a pratiquement disparu dans le pays et il n'en reste peut-être des exemplaires qu'au jardin botanique.

Nous avons de nouvelles variétés comme la Jaronú 60-5, la Cuba 57-81 et la Barbade 43-62, et l'on continue de développer certaines variétés à plus haut rendement en canne et en sucre. Certaines conviennent mieux aux zones humides, d'autres aux zones sèches, où l’on arrive à produire plus de canne à sucre à l'hectare et plus de sucre par tonne de canne. Depuis le début de la Révolution, toutes les anciennes variétés ont disparu pour céder la place aux nouvelles.

Nous utilisons plus d’engrais qu'à aucune époque antérieure à la Révolution. Il est vrai que nous avons traversé des périodes de sécheresse, même prolongées, comme ces dernières années. Toutefois, les nouvelles variétés et les ressources mises au service de l'agriculture permettent parfaitement d'atteindre des rendements plus élevés. Déjà, la province de La Havane atteint ces rendements, et l'on y travaille activement dans toutes les autres provinces.

La province de Villa Clara espère obtenir l’an prochain les résultats que le plan prévoyait pour 1980 ; la province de Matanzas espère récolter, l'an prochain, la quantité de canne prévue pour 1979. On travaille durement, et les rendements augmentent, mais il nous reste encore beaucoup à faire dans ce domaine,

Nous élaborons les plans de 1980, sur la base de critères conservateurs, par exemple, d’un rendement de 68 tonnes par hectare. Et nous sommes absolument certains qu'à moins d'années exceptionnelles ou d'endroits exceptionnels –comme ce pourrait être le cas de la zone Nord de l’ancienne province d'Oriente, où les précipitations n'ont été que de 450 millimètres, l'an dernier –, ces rendements peuvent être obtenus même dans les plantations de canne qui ne sont pas irriguées.

Les plans d'irrigation font également l'objet d’un travail intense, car il s'agit de développer l'irrigation dans les régions sucrières. De nombreuses brigades de construction de barrages et de systèmes d'irrigation travaillent dans les régions sucrières, sans compter quarante-deux brigades chargées de la construction de microbarrages. En 1980, nous de­vons pouvoir disposer de 670 000 hectares de canne à sucre irrigués, et ce chiffre doit doubler avant 1990.

Tout ceci, en vue d'atteindre plusieurs objectifs. D'abord, stabiliser la production 'et faire en sorte qu'il n'y ait pas de grandes différentes d'une année à une autre, car cela crée de graves problèmes au commerce du pays, à l'économie du pays.

En second lieu, optimiser la technique. Ne pas avoir à semer de la canne au mois le moins propice à cette tâche, qui est le mois de juin, quand il risque de pleuvoir à seaux, mais faire en sorte qu’on puisse semer en janvier, février, mars, avril, mai, juillet, août, septembre, novembre, décembre – les meilleurs mois — pour pouvoir distribuer tout au long de l'année la force de travail, et utiliser au mieux, les machines, les herbicides, les engrais.

Pensez qu'à partir du moment où une plantation est irriguée, c'est pratiquement comme si sa superficie était doublée. Pourquoi ? Parce qu'une terre non irriguée ne produit pas de canne à sucre pendant la saison sèche. Sans irrigation, la canne pousse pendant six mois et, si l’on peut faire en sorte qu'elle pousse pendant douze mois, c'est comme si vous aviez deux hectares au lieu d'un. L'irrigation ne contribue pas seulement à la croissance de la plante, ce qui en soit est important, et aux rendements, mais elle permet aussi, je le répète, de distribuer le travail tout au long de l'année et d'optimiser la technique. On met actuellement tout en œuvre pour obtenir, en 1990, que deux hectares sur trois soient irrigués. Deux sur trois !

Est-il ambitieux de planifier un rendement moyen national de 68 tonnes à l’hectare pour 1990 ? Non. Je suis convaincu que ces plans sont conservateurs. A cette date, notre pays comptera deux millions d’hectares semés de canne à sucre, et quelque quatre millions, de pâturages et de cultures diverses.

Autrement dit, ce n'est pas parce que nous allons développer la culture de la canne à sucre que nous allons négliger le reste. Les plantations d'agrumes se développent et, dans les dix prochaines années, la production atteindra des proportions considérables.

Comme vous le savez, la campagne sucrière a été une véritable bataille épique cette année : à la fin de la saison des pluies, en raison des caprices de la nature, les barrages étaient vides. Le Gilbert ne disposait même pas de deux millions de mètres cubes d'eau ; le Carlos Manuel de Céspedes en avait trente millions ; le Charco Mono – j'ignore si vous avez déjà entendu parler du Charco Mono: il s'agit presque d'un microbarrage de six millions de mètres cubes, qui approvisionnait Santiago en eau avant la Révolution — ne recevait pas une goutte d'eau depuis quatre ans. A la fin de la saison des pluies, les barrages étaient donc vides et, maintenant que la saison sèche prend fin, les barrages sont presque pleins. En ce moment, le Carlos Manuel de Céspedes stocke 170 millions de mètres cubes d’eau, c'est-à-dire ce qu'il aurait dû avoir en novembre et qu'il n'avait pas, mais qu'il a en mai. A cause de ces caprices de la nature, nous avons eu une saison de pluies sèche et une saison sèche pluvieuse. Et c’est dans ces conditions qu'il a fallu faire la campagne sucrière. Il faut cependant préciser que celle-ci n'a pas mal marché. Un effort extraordinaire a été réalisé. A de nombreux endroits, la campagne sucrière s’est poursuivie sous la pluie. Nous ne pourrons pas atteindre exactement notre objectif, mais nous n'en serons pas loin. Nous parviendrons presque à atteindre la quantité de sucre qui avait été programmée pour cette année. Je ne peux fournir plus de détails, car, comme vous le savez, la discrétion sucrière existe (applaudissements).

Si les pluies nous ont constitué du tort à la saison sèche, nous allons en tirer profit au maximum pour la prochaine campagne sucrière. On réalise actuellement une grande mobilisation et je crois que, cette année, les champs de canne à sucre seront désherbés et cultivés comme jamais auparavant. Si la saison des pluies conserve toutes ses caractéristiques — s’il pleut en juin, en juillet et en août – nous disposerons d’une matière première abondante pour la prochaine année. Comme nous savons ce que signifie le désherbage pour la canne, il est nécessaire de faire un effort particulier.

Je me réfère à la canne à sucre, car c’est actuellement l'une des cultures les plus avantageuses pour le pays. Le pays doit nécessairement élever sa production sucrière pour 1980 et, ensuite de 1980 à 1990. Nos exportations de sucre à destination de l’URSS augmentent d'environ 200 000 tonnes par an. Compte tenu des prix que l'URSS paie pour notre sucre, 200 000 tonnes représentent 100 millions de roubles de plus par an. Et le rouble vaut plus que le peso. En d'autres termes, l'augmentation de nos exportations de sucre en URSS est de plus de 100 millions de pesos par an. Et c'est de l'URSS que nous recevons le combustible et les matières premières principales, de nombreux équipements, des usines clefs en main, des aliments, etc. De là l’importance que nous y accordons. La culture de la canne à sacre est très avantageuse pour notre économie, étant donné les prix que nous offre l'URSS.

D'autres pays socialistes nous offrent également de bons prix, inférieurs à ceux de l'URSS, mais bien au-dessus de ceux du marché mondial. De plus, nous nous voyons finalement dans la nécessité impérieuse de vendre aussi du sucre sur le marché mondial. Cependant, l'augmentation de nos exportations est principalement destinée à l'URSS et aux autres pays du camp socialiste. Aussi la culture de la canne à sucre est-elle l'une des plus avantageuses pour notre pays, même si nous devons vendre une partie du sucre sur le marché mondial.

Il faudra analyser le prix de la canne à sucre, aussi bien pour les fermes que pour les paysans, en vue d’encourager sa culture. Cela est très important En réalité, nous croyons que la culture de la canne à sucre a de grandes perspectives.

Il y a cependant une culture qui présente des difficultés : le café. Cela est dû non seulement à la sécheresse, mais aussi à l'exode de paysans qu’il y a eu dans les montagnes. Il faudra méditer sur ce point, car, dans les montagnes, les chemins coûtent quatre fois plus et ils sont trois fois moins utiles. Pourquoi ? Dans la plaine, lorsqu’un chemin passe à cinq kilomètres d'un point, il est utile ; mais, dans la montagne, si le chemin arrive jusqu'à une zone paysanne à travers la montagne, cinq kilomètres plus loin, c'est-à-dire sur l’autre versant, il ne présente aucune utilité.

La Révolution a fait de gros efforts pour construire des chemins dans les montagnes. Dans la Sierra Maestra et dans la zone du IIe Front, un grand nombre de brigades se sont consacrées à la construction de chemins et, pourtant, nous rencontrons encore des difficultés dans ce domaine.

Les améliorations sociales sont plus difficiles à obtenir dans les montagnes. Il faut étudier les propositions qui ont été faites ici. Toutes les zones plantées de café n'ont pas les mêmes caractéristiques. Certaines se trouvent dans des régions très abruptes et d'autres, dans des zones plus ondulées, mais il faut tenir compte des expériences et analyser la solution à apporter à la production de café dans les montagnes et de quelle façon combiner les facteurs pour résoudre ce problème, sans oublier évidemment les écoles, qui donnent de très bons résultats, puis les coopératives, les stimulants et ce qui concerne le prix du café, un salaire différent pour ceux qui travaillent dans les plantations de café, etc.

La Commission chargée d'analyser la production s’est demandée s'il existait une certaine expérience en ce qui concerne les coopératives dans les montagnes, et, on lui a répondu qu'il n'en existait aucune, Ce système reste encore à expérimenter et à élaborer.

Nous avons parlé ici des changements introduits dans les montagnes après le triomphe de la Révolution. De nombreux aspects ont été signalés : l'éducation, les communications, les barrages, les systèmes d'irrigation, les hôpitaux, etc. Nous savons quelles sont les conditions de vie à la campagne et combien de chaumières il y a encore. Nous avons encore un dur travail à réaliser, mais une belle voie s’ouvre devant nous.

J'oubliais de signaler que la plupart des écoles qui sont actuellement construites dans les campagnes serviront à assurer l'éducation des fils des paysans et des ouvriers agricoles. Bien qu'un grand nombre d'écoles secondaires soit construit chaque année dans les campagnes, le nombre d'élèves qui reçoivent leur certificat d'études est également très élevé. Cela nous a même obligés à construire des écoles secondaires dans les villes, car il n’y en avait pas assez et nous ne disposions pas d’assez de ressources pour régler le problème en construisant des écoles secondaires à la campagne. Il a donc fallu en construire certaines à la campagne et d'autres dans les villes. La plus grande capacité des écoles secondaires installées à la campagne est réservée à la population rurale. Cela assure donc les possibilités d'études de vos enfants et de ceux des ouvriers agricoles. Nous verrons ensuite comment nous pourrons assurer leur retour au sein de leur famille.

Il a été question ici d’impôts, Je tiens à préciser que le coût d'un interne dans une école secondaire à la campagne est de 659 pesos par an ; celui d'un interne dans une école technique est de 1 177 pesos par an ; celui d'un étudiant boursier est de 1 303 pesos par an. Certaines familles ont trois, quatre ou cinq enfants boursiers. Cela n'est possible qu’avec la Révolution (applaudissements). Vous savez que toutes ces possibilités sont garanties à vos enfants, que la vie a réellement changé et que la sécurité est garantie à nos paysans. La sécurité est arrivée en même temps que la dignité et la liberté, que le droit et le respect, ainsi que l’estime de toute la société.

Des choses très intéressantes ont été dites à ce Congrès. Certains d'entre vous, ceux qui ont connu le passé, comme le compañero Mamerto, se souviendront d'épisodes véritablement dramatiques. Il est vraiment dommage que tout le peuple n’ait pu vous entendre à la télévision lorsque vous expliquiez les différences entre le présent et le passé.

Prudencio lui aussi a rappelé des réalités vraiment émouvantes lorsqu'il a dit qu’avant, les ingénieurs arrivaient pour voir de quelle façon ils pouvaient enlever leurs terres aux paysans, en mesurant par-ci par-là. Aujourd’hui, les ingénieurs arrivent dans les campagnes pour résoudre les problèmes des paysans, pour leur apprendre à produire davantage, pour les aider. Il a expliqué qu'avant, les lois étaient dictées au Capitole, et qu'il n'y a jamais eu de loi de réforme agraire. Maintenant, a-t-il dit, nous voyons une chose véritablement éloquente : les lois surgissent à la base (applaudissements).

Vous avez pu constater tout cela ; vous avez pu voir comment le Congrès a été organisé, comment tous les documents ont été discutés depuis la base, comment les thèses ont été élaborées et discutées par toute la masse ; vous avez lu les thèses qui ont été perfectionnées par les masses et perfectionnées encore au cours du Congrès. Nous croyons qu’il s'agit en réalité d’une magnifique preuve de démocratie.

Le Congrès a été d'une grande qualité, et le Parti, l'État, le pays s’y sont intéressés.

De nombreux compañeros, des dirigeants des organisations de masse et de jeunes, et des dirigeants du gouvernement ont fait ici de brillants exposés. Le Congrès s'est caractérisé par une grande liberté, et les compañeros ont pu aborder toutes les questions fondamentales. Certains ont été plus longs que d'autres ; certains ont parlé depuis la salle et d'autres depuis la présidence comme Prudencio, qui n'hésite pas à gagner la tribune chaque fois que la parole lui est accordée, pour exposer des choses .justes.

Vous avez élu le Bureau exécutif. Vous y avez inclus trois femmes. C'est déjà quelque chose ! Puis, vous avez ratifié le compañero Pepe Ramirez à la direction de l'ANAP (applaudissements). Cela nous paraît sage. Ce n'est pas que Pepe ait un droit à vie au poste de dirigeant de l'ANAP, ou un droit imposé par l’Histoire : c'est que nous considérons vraiment le compañero Pepe Ramirez comme celui qui a le plus de capacités pour diriger l'ANAP (applaudissements).

Je le connais bien depuis le début de la Révolution et je l'ai vu travailler. Il avait une tâche à réaliser parmi les paysans : aider à élever leur conscience politique et révolutionnaire. Il avait également une autre tâche : lutter pour les paysans et pour leurs intérêts au sein du Parti et au sein du gouvernement. Et c’est ce qu'il a fait, invariablement, au cours de ces dix-huit ans ; il a travaillé pour le Parti et pour vous (applaudissements). Pourquoi a-t-il pu le faire sans contradictions ? Parce que vos intérêts, ceux des travailleurs, ceux de la Révolution et ceux du Parti sont exactement les mêmes (applaudissements). Il travaille loyalement pour la classe ouvrière et pour les paysans ; il travaille loyalement pour le Parti.

De plus, le compañero Pepe Ramírez a acquis une vaste expérience au cours de ces années, et il sait ce qu'il a entre les mains (applaudissements). Il connaît les cadres et les paysans les plus avancés, les meilleurs producteurs : bref, il connaît tout le' monde partout ; il ne reste pas enfermé dans un bureau, mais il voyage à travers tout le pays (applaudissements).

Aux côtés de Pepe, s'est développé un contingent de cadres extrêmement valables et très expérimentés, aux niveaux national, provincial et municipal (applaudissements). Et on en a bien besoin ! Il est encourageant et important pour l’avenir de pouvoir disposer d'une organisation aguerrie et combative comme l'ANAP. Et, surtout, d'une organisation qui a le sens des responsabilités et inspire confiance à la Révolution pour mener à bien les tâches fixées à ce Congrès.

Quelqu'un a dit que les paysans avaient beaucoup de choses à apprendre des ouvriers. C’est exact. L'ouvrier est indubitablement l'exemple du citoyen dévoué, qui a l'habitude de la discipline et donne tout pour sa patrie et pour son peuple. Néanmoins, l’ouvrier a beaucoup de choses à apprendre également du travailleur paysan, de son expérience, de sa sagesse, de cette sagesse paysanne si nécessaire et si utile, de son sens des responsabilités.

Et il serait bon, très bon même, qu’on organise à l’avenir une émulation entre coopératives et fermes d'État ! (Applaudissements.)

Nous croyons vraiment que certains ouvriers n'ont pas encore atteint une conscience totalement prolétarienne et que beaucoup de paysans ont acquis cette conscience prolétarienne.

Le conducteur d'un tracteur de l'État qui roule à 50 km/h, par exemple, ou le conducteur de camion qui roule à 100 ou 120 km/h, ou le chauffeur de taxi qui viole le code de la route est un travailleur qui n'a pas encore acquis une conscience prolétarienne. Celui qui n'utilise pas correctement les ressources, celui qui gaspille les ressources est un travailleur sans véritable conscience prolétarienne. Avoir conscience de l'importance du travail, utiliser les ressources ou la terre à bon escient, produire le plus possible pour le pays, tout en en profitant soi-même et en en faisant profiter la famille, signifie avoir une conscience prolétarienne. Et, réellement, nos ouvriers ont fait de grands progrès en ce sens, et nos paysans aussi (applaudissements). Nous le voyons et nous le constatons d'année en année et de Congrès en Congrès.

C'est avec cette image présente à l'esprit que nous clôturons, ce soir, ce Congrès. Nous avons été réellement très heureux d'être ici avec vous le plus longtemps possible. Nous sommes extrêmement satisfaits d'avoir participé à ce Congrès avec une représentation de notre paysannat (applaudissements). Nous sommes impressionnés par votre sérieux et votre conscience.

On mentionne toujours les martyrs. Niceto est devenu le symbole des paysans. Toutefois, la meilleure façon d'honorer les martyrs, c’est de le faire dans des faits et non avec des paroles (applaudissements).

On se souvient toujours avec affection des compañeros qui sont tombés au combat ou qui sont morts au travail. Ici, on mentionne les martyrs de la lutte clandestine, les martyrs de l’époque du capitalisme et les martyrs de la Révolution. On mentionne aussi ceux qui, comme Rega­lado, ont sacrifié leur vie au travail, car ils sont aussi des héros et des martyrs de la Révolution (applaudissements).

Leur mémoire nous est chère et, lorsque nous pensons à eux, nous voyons l'œuvre réalisée au cours de ces années ; nous voyons notre paysannat et notre ANAP, qui est la meilleure des consolations et le meilleur des stimulants.

La patrie ou la mort !

Nous vaincrons! (Ovation.)