Allocutions
Je ne mérite pas l’immense honneur que représente l’Ordre que vous m’avez décerné cet après-midi. Je ne le reçois qu’au nom d’un peuple qui prouve, par sa lutte héroïque face au puissant empire, que les rêves de Bolívar et de Martí sont réalisables.
Le racisme, la discrimination raciale et la xénophobie constituent un phénomène social, culturel et politique. Il n'est s'agit pas d'un instinct naturel des êtres humains, mais c'est le résultat direct des guerres, des conquêtes militaires, de l'esclavage et de l'exploitation individuelle ou collective des plus faibles par les plus puissants au cours de l'histoire des sociétés humaines.
Les crimes qu’on commet dans notre monde contre l’immense majorité des peuples, autrement dit contre nous, sont bien plus graves qu’il ne paraît. Ainsi, en Europe, 30 femmes ou moins pour 100 000 meurent à l’accouchement ; dans le tiers monde, même s’il existe des différences entre les régions, il en meurt 500, voire 1 500 dans certains pays.Quant aux enfants, pour 173 enfants qui meurent avant cinq ans dans le tiers monde, il n’en meurt que 6 en Europe. Combien d’enfants tuons-nous tous les jours pour toutes ces causes ?
Nous pouvons en tirer une leçon: aucun des problèmes actuels du monde ne peut être résolu par la force, il n'y a pas de pouvoir global, de pouvoir technologique, ni militaire que puisse garantir l’immunité totale contre des faits de cette nature car ils peuvent être perpétrés par des petits groupes, difficiles de découvrir, et le plus compliqué, menés par des suicides. D'où l’effort général de la communauté internationale doit être diriger à mettre fin à toute une série de conflits dans le monde; à mettre fin au terrorisme mondial; à créer une conscience mondiale contre le terrorisme.
Nous avons vu ces derniers jours comment on a posé à la va-vite les bases, la conception, les objectifs véritables, l’état d’esprit et les conditions de cette guerre. Nul ne saurait affirmer qu’il s’agit de quelque chose auquel on n’avait pas pensé depuis longtemps, dans l’attente d’une occasion. Ceux qui, même après la fin de la guerre dite froide, ont continué de s’armer jusqu’aux dents et de mettre au point les moyens de tuerie et d’extermination les plus perfectionnés, étaient conscients que leurs fabuleuses dépenses militaires leur donneraient le privilège d’imposer une domination…
Un règlement pacifique est encore possible.Vu la situation tendue actuelle, personne ne pourrait préparer un discours quelques heures avant de le prononcer sans courir le risque de le faire trop tard. Je cours aussi le risque de sembler trop optimiste, ce qui n’est pas du tout le cas. Je m’acquitte cependant du devoir de dire ce que je pense.
L’Histoire s’écoule, capricieuse, à travers d’étranges dédales. Voilà vingt-cinq ans, sur cette même place, nous disions un dernier adieu à quelques cercueils contenant de petits fragments de restes humains et d’effets personnels de certains des cinquante-sept Cubains, onze Guyanais, la plupart étudiants boursier à Cuba, et cinq fonctionnaires culturels coréens, décédés des suites d’un acte de terrorisme incroyablement brutal. La mort de toute l’équipe d’escrime junior, masculine et féminine, qui rentrait au pays après avoir glané toutes les médailles d’or mises en jeu à un championnat…
La crise économique n’est pas la conséquence des attaques du 11 septembre et de la guerre contre l’Afghanistan. Seuls des ignorants ou des personnes désireuses d’en occulter les causes véritables peuvent affirmer de telles choses. La crise est la conséquence de l’échec retentissant et irréversible de la conception économique et politique qu’on a imposée au monde, à savoir le néo-libéralisme et la mondialisation néo-libérale. Si l’acte terroriste et la guerre ne sont pas à l’origine de la crise, n’empêchent qu’ils l’aggravent. Ce qui était en route à un pas accéléré, se précipite d’une façon…
Ce sont les chaînes de télévision nord-américaines et les dépêches de presse qui nous ont appris que trente Cubains, dont treize enfants, avaient péri lors d’une opération de trafic de personnes réalisée par des contrebandiers venus à bord d’une vedette rapide immatriculée aux Etats-Unis et en provenant, et financée par des gens vivant aux Etats-Unis.
Une grande inquiétude règne. Les nouvelles publiques du soulèvement du 30 novembre, qui devait se produire après notre arrivée, mais qui éclate avant à cause de l’élan impétueux de combattants de Santiago et de notre propre retard de quarante-huit heures provoqué par le long et périlleux voyage de 1 235 milles et par la chute dans une mer agitée, au petit matin du 2 décembre, d’un homme que nous ne pouvions abandonner à son sort, même s’il fallait pour cela prendre quelques minutes de vie ou de mort sur le peu de temps dont nous disposions, toutes ces circonstances-là multiplient notre…
Mais l’important, ce ne sont pas les points de vue des intellectuels, des économistes, des hommes politiques : ce qu’il y a de grave au sujet de la ZLEA, c’est que les peuples de notre continent, où l’analphabétisme est parfois très élevé, n’ont quasiment pas d’informations, et que des centaines de millions de personnes n’ont pas la moindre formation pour comprendre théoriquement, sinon par leur propre expérience personnelle, ce que signifie cette Zone de libre-échange.
Je souhaiterais faire d’abord un commentaire : je suis ces tables rondes depuis longtemps, et c’est celle d’hier qui a analysé un problème avec le plus de clarté et de précision. J’ai beaucoup regretté d’apprendre que les fortes rafales de vent qui avaient soufflé hier sur la ville avaient provoqué des coupures de courant à beaucoup d’endroits. Voilà pourquoi j’ai suggéré qu’on la retransmette, mais je crois savoir qu’à cette heure-ci ou à midi, un certain nombre de problèmes n’avaient pas encore été réglés et qu’on ignore encore combien de personnes peuvent suivre cette table ronde-ci..